vendredi 26 septembre 2014

Dînette gourmande et cuisine créative...



Les éditions de saxe publient deux nouveautés dans une collection intitulée apéro du chef. Deux jolis titres gourmands sur lesquels les papilles s'attarderont en rêvassant, mais aussi le regard tant les photographies de Fred Durantet vous mettent l'appétit en accroche cœur.   


Pour le premier, il s'agit de Ma cuisine créative du chef Philippe Gauvreau qui pratique une cuisine moderne, raffinée et recherchée, alliance du traditionnel et du contemporain par excellence. De sa brasserie lumineuse et design, située au cœur de l'ouest lyonnais, il dévoile ses secrets de chef à travers 30 recettes faciles, salées et sucrées, créatives et inédites pour satisfaire tous les gourmets. Des points clés figurent en bonne place en complément de la progression de la recette toujours abondamment illustrée. Comme on pourrait le dire aisément : cela donne envie non seulement de déguster mais avant cela de s'y mettre avec ardeur car telle est bien la vocation de cette collection. 


Mille Feuilles caramélisés à la crême Carambar



L'oncle de Philippe Gauvreau était pâtissier-traiteur à Rambouillet : "Pâtisserie Francis". Enfant, il aimait travailler à ses côtés. L'ambiance qui régnait en ce lieu lui plaisait et l'attirait énormément. Il faut être entré dans le laboratoire ou l'atelier d'un pâtissier où s'exhalent mille saveurs ou mille couleurs pour le comprendre. Bien conseillés, des parents décident de l'orienter vers une formation de cuisinier en apprentissage. Philippe Gauvreau garde de très bons souvenirs de cette époque durant laquelle il a découvert sa passion pour la cuisine. Après Le Quai des Ormes et le Grand Véfour à Paris, la Bonne Auberge à Antibes et le Malliouhana Hôtel à Anguilla aux Antilles, Philippe Gauvreau oeuvre au Négresco à Nice.

 
Avec Ma dînette gourmande, le chef étoilé, Pierre Orsi, Meilleur Ouvrier de France, pilier de la gastronomie française, nous dévoile depuis sa demeure bourgeoise, Place Kléber dans le magnifique quartier du 6ème arrondissement de Lyon, ses meilleurs amuse-bouche en 27 recettes pas à pas, simples et faciles, toujours accompagnées comme l'ouvrage de Philippe Gauvreau des photographies savoureusement belles de Fred Durantet. Pierre Orsi consacre sa vie à la restauration depuis 1954. De Poleymieux-au-Mont-d'Or à Osaka au Japon, en passant par l'auberge du Pont de Paul Bocuse ou encore Londres, Chicago ou Los Angeles, Pierre Orsi a toujours su émerveiller les fins gastronomes.
Oeufs de caille en piperade





Ces deux titres de la collection Apéro de Chef sont publiés aux Editions de Saxe. Couverture cartonnée molletonnée, format 19x24,5 cm. Prix : 14,90 €


Gérard Conreur

vendredi 5 septembre 2014

la Grande Braderie de Lille, c'est maintenant !





De toutes les traditions du Nord de la France, il n'est pas de festivité dont l'ampleur égale celle de la grande braderie de Lille qui se déroulera ce week end. Il faut le voir pour le croire, foi de Lillois. Les origines de la Braderie sont mal connues. On trouve trace dès le XIIe siècle à Lille d'une foire annuelle à vocation européenne, d’une franche foire médiévale mais l’histoire s’arrête là et qu’importe si le vieux-français voit dans le verbe brader : friper, faire commerce de fripes. S'y ajoutera plus tard ce privilège des gens de maison et domestiques de pouvoir vendre les effets démodés, bibelots et autres vieilleries que leur donnaient leurs maîtres afin d'arrondir leurs gages.

En 1873, un chroniqueur lillois déplore que « la Braderie soit en train de trépasser. » Au beau milieu du XXe siècle et jusque dans les années soixante, nouvelle alerte ; la Braderie est moribonde. En fait, l'esprit des brocantes d'antan n'y est plus ; elle s'est transformée en un grand marché dépourvu d'intérêt. Après-guerre, le Nord a du se reconstruire, faire table rase du passé. Il a fallu bâtir plus qu'il ne fallait restaurer. La place réservée aux traditions régionales a fait les frais de cette modernisation à outrances.

Dans les années 70, la tendance s'inverse radicalement, la Braderie de Lille connaît un succès considérable auquel l'enthousiasme des jeunes générations n'est pas étranger. L'époque est à la contestation, le règne du fric est dénoncé, la société de consommation jetée aux orties. Cheveux longs, foulards de soie indienne, vestes en mouton, on redécouvre le vin de noix, la tarte à la rhubarbe, le fromage de chèvre, on fume des roulées exotiques sur un air des Pink Floyd à l'heure de Woodstock ou de la mythique mais bien plus proche île de Wight. Les vieilles frusques sortent des malles, les guitares de leur étui, on redécouvre le goût de la fête et celui de la communauté. Cet ensemble d'ingrédients distillé par une génération essentiellement estudiantine va redonner des couleurs à la Grande Braderie, qui prend un essor sans précédent.

Surgit alors un, nouveau péril. Pour s'être voulue faire plus grosse que le boeuf de la fable, elle s'essouffle à nouveau. Faut-il la réglementer plus encore ? La limiter dans l'espace et le temps comme semble vouloir le faire l'actuelle municipalité ? Sûrement mais il faut surtout qu'elle retrouve ses racines festives et populaires.

Comme par le passé, on vend de la fripe et du vieux sur le plus grand marché aux puces de France et d'Europe. Plus d'un million de visiteurs, peut être deux, venus de partout font la Braderie. Les bradeux s'installent sur le pavé lillois. La chaussée est prise d'assaut et dès la nuit tombée, on saucissonne, on gonfle les matelas pneumatiques, on joue de la guitare et on allume les bougies ; la nuit sera longue. Du café est préparé. Les anciens évoquent ces braderies d'antan, les détours par la Foire aux manèges qui se déroule à la même époque sur l'esplanade, et le retour chez eux, le lendemain après midi, épuisés et fourbus.

Depuis quelques années, la grande Braderie de Lille est devenue le rendez-vous du monde associatif. Vitrines du commerce équitable, artisanat du monde, forum des alter-mondialistes ou des ONG, d'écolos mais aussi partis politiques traditionnels battent le pavé et se font connaître tandis qu'à chaque carrefour le théâtre de rue alterne avec les accordéoneux de Wazemmes ou ces joueurs de flûtes andines venus tout droit de Levallois-Perret...

La Braderie de Lille, c'est enfin une tradition culinaire. Frugale mais généreuse. Moules marinières et frites qu'accompagne une bonne bière du Nord. Pendant deux jours, des centaines de tonnes de moules sont servies. Les coquilles vides déversées sur la chaussée, des monts se forment parfois de plusieurs mètres de hauteur. C'est la meilleure enseigne, la meilleure pub pour le restaurant ou le bistro qui affiche ainsi son savoir-faire et exhibe sa renommée...

Il y a quelques années, dans les jours qui précédaient la Braderie, la presse quotidienne régionale faisait ses gros titres du bon acheminement des précieuses denrées. Elles arrivent ! titrait Nord Matin ou La Voix du Nord en parlant du cheminement des précieuses coquilles noires. Pas d'inquiétude, en effet, pour la frite (pommes de terre rigoureusement de Bintje) qui est ici en terre de connaissance mais qu'en serait-il du délicat mollusque marin que la région malgré tous ses efforts et sa façade maritime de Bray-Dunes à Boulogne sur mer ne pourrait produire en telle quantité ? La bière aidant, cette bière de l'année à l'amertume tempérée que semblent vouloir détrôner les précieuses bières de garde, les convives font assaut de lyrisme gastronomique. On commente la qualité ou la grosseur de ces aimables fruits de mer, on décortique la frite de l'année cuite au gras de boeuf et en deux bains successifs comme il se doit (ne rêvez pas, cela n'existe plus…) ou la douceur suave d'une mousse d'écume sur une bière d'été. Aujourd'hui, les puristes veillent au grain et parfois se désolent : par opposition à la frite surgelée la frite fraîche serait en grand danger mais merguez, hamburger ou pizza n'inspirent pas la moindre crainte.

Le Brel d'Amsterdam peut dormir sur ses deux oreilles.

Gérard Conreur

lundi 21 juillet 2014

Itinéraires des fromages de Savoie


Plus de 10 000 visiteurs en une journée. Photo : Gérard Conreur ©
Plus de 10 000 visiteurs en une journée...
Malgré un temps qui n'était pas au beau fixe, une Coupe du Monde dans laquelle la France reprenait quelques couleurs et battrait le Nigéria le lendemain 2-0 se qualifiant ainsi pour les quarts de finale... Malgré tout cela et bien d'autres choses encore, plus de dix mille personnes s'étaient données rendez-vous l'espace d'une journée au beau milieu d'une vaste prairie à la sortie du village dans le simple but de se retrouver pour faire la fête au Reblochon, à l'Emmental de Savoie, au Chevrotin, à la Tomme de Savoie et à la Tome des Bauges, à l'Abondance enfin sans oublier le Beaufort. En clair, les 7 merveilles de Savoie.

Le  dimanche  29 juin  dernier, en effet, se déroulait à Saint-Germain-la Chambotte, sur les hauteurs du lac du Bourget, en Savoie, la 10ème édition de la Fête des Fromages organisée chaque année par l'AFTalp, autrement dit l’Association des Fromages Traditionnels des Alpes savoyardes.

Pour en savoir plus et durant trois jours, nous avons emprunté les fabuleux itinéraires des fromages de Savoie qui cheminent entre massifs et vallées. Tant pis pour la Coupe du Monde et le reste car disons le, ces coins de France qui semblent échapper au tumulte des siècles plongent le citadin dans un bonheur sans mot qui lui fait parfois toucher l'essence profonde du bois dans lequel il est taillé. Du coup, Il est d'ici partout où il se sent bien. A comprendre et apprécier la manière dont les choses sont faîtes et bien faîtes. 

Sur la planche de droit, prolifération de poil de chat - Photo Gérard Conreur ©
Sur la planche de droite, le poil de chat en développement.
Dans ce retour au naturel se dessinent l'échec du plastique, de l'industrialisation, de la standardisation des goûts, des formes et des couleurs. Apparait alors toute la magie du naturel, l'utilité du "poil de chat" par exemple, ce témoignage vivant qui protège le fromage en cave et atteste qu'une flore invisible microbienne, bactérienne, s'est faite l'alliée des hommes pour l'élaboration d'une pâte souple à la saveur incomparable et que dire des vertus de ces planches d'épicéa irremplaçables sur lesquelles repose et s'affine tout le savoir-faire de ces maitres de cave ?

Avant d'aller plus loin, restons quelques instants encore dans cette prairie où se déroule cette fête des fromages de Savoie pour grands et petits. Comment expliquer un tel succès?  Ici, point de vedette, ni la moindre célébrité en vue. Nul gros lot à gagner mais des kilomètres à parcourir dans une herbe grasse, une terre humide, un terrain lourd en quelque sorte et la menace, sans aucun doute, d'une averse carabinée lorsque le soleil est brusquement voilé par un nuage qui n'en finit pas. La pluie est tombée, mais heureusement tandis que la fête touchait à sa fin. 
Le reste du temps, comme l'aurait dit Monsieur de la Palisse : "Il a fait beau..."

L'objet de la fête est un culte voué aux 7 merveilles du monde lorsque ce monde correspond à une région où culmine le toit de l'Europe. 7 merveilles du monde, 7 trésors de fromages qui se mangent sans faim et sans fin. On vient ici déguster quelque chose que l'on connaît par coeur depuis des siècles, depuis des générations, comme pour se rassurer, comme si besoin était et ce besoin est visiblement insatiable.
Et les commentaires des plus anciens sont édifiants : "Ben Dame, il est bon..." Il ne manquerait plus que ça qu'il ne le soit pas!

Photo Sophie Gillibert ©
Reblochonnade à la Ferme des Corbassières
En ce dimanche, nos visiteurs, toutes générations confondues, ont quitté la table familiale en oubliant le fromage alors ici, ils se rattrapent...  et s'approvisionnement largement. Sur la fête, on apprend au passage comment sont fabriqués ces fromages comme si le mystère planait encore, et tout l'usage gastronomique que l'on peut en faire dans chacun de nos plats.  Au passage, oublions un instant la raclette et découvrons la matouille qui siège fièrement au beau milieu de la table d'hôtes de la Pommeraie à Saint-Ours ou une reblochonnade entre amis, là-haut, à la ferme des Corbassières, chez la famille Donzel, sur les hauteurs de La Clusaz.

A noter sur la Fête, un atelier passionnant sur les accords fromages et bières de Savoie. Elisabeth Pierre, experte en bières, nous en a donné une très brillante démonstration car si les vins de Savoie sont réputés, on sait ici ce que brasser veut dire. Pour les plus jeunes, des animations de toutes sortes: courses de tracteurs à pédales, balades en poney, jeux en bois et même traite d'une vache artificielle assez réaliste, ma foi. Nos chères têtes blondes peuvent s'en donner à coeur joie, ce ruminant ne souffle mot. Pour les adultes, un Bingo-Bouse. Une vache est lâchée dans un enclos quadrillé. La case gagnante est celle dans laquelle la vache aura fait sa bouse... 30 euros d'achat en fromages de Savoie à gagner. A quelques bouses de là, grand jeu du Cluedo : "On a volé la Tomme d'Or". Pour d'autres promeneurs plus sportifs, balades vers le belvédère de la Chambotte où la vue est à couper le souffle au sens propre car ça grimpe un peu et cette vue superbe sur le lac du Bourget se mérite. On peut deviner en contrebas l'abbaye royale de Hautecombe, nécropole de la Maison de Savoie et en particulier de quelques rois et reines d'Italie.

Belvédère de la Cambotte - Photo Gérard Conreur ©
Belvédère de la Chambotte, vue sur le lac du Bourget

Les deux premiers fromages de Savoie sur les sept dont il sera question sont la Tome des Bauges, avec un seul "m" à tome car il s'agit de la déformation d'un terme patoisan et l'Abondance. Deux appellations AOP dont nous visitons la fruitière du Semnoz à Gruffy.

Fabrication de la Tome des Bauges - Photo Gérard Conreur ©
Fabrication de la Tome des Bauges à la Fruitière du Semnoz
 Après un pique nique face au Mont Blanc en compagnie de Julien Perrillat, jeune concepteur enthousiaste d'un Eco-Bivouac dans lequel nous passerons la nuit, rencontre avec la famille Jacquot sur leur alpage de la Combe des Villards, producteurs d'Abondance. L'Abondance est aussi le nom d'une race locale de vache avec la Tarine et la Montbéliarde. Pour un fromage d'excellence, il faut un lait de qualité aux caractéristiques particulières. L'abondance, originaire de la vallée du même nom en Haute-Savoie se reconnait facilement à sa robe acajou, sa tête blanche et ses lunettes, deux taches autour des yeux. 

Vaches de la race d'Abondance - Photo gérard Conreur ©
Cette laitière paisible qui déguste l'herbe et les diverses plantes et fleurettes qui tapissent les pentes, entretient la base du domaine skiable et réduit les risques d'avalanche l'hiver venu. C'est la vache emblématique du Reblochon et de l'Abondance.  Enfin, rien n'est plus sympathique que ces tintements de cloches à l'unisson qui seuls troublent la quiétude des montagnes de cette région aussi belle en été qu'en hiver. Pensez-y...

Madame Brunet et ses filles - Photo Gérard Conreur ©
Madame Brunet au centre et deux de ses filles
Quelques heures plus tard, autre lieu : Les chamoisées et rencontre avec le clan de la famille Brunet et une autre production : le Chevrotin AOP dont on pourrait dire que celui qui n'en a jamais mangé, n'a jamais mangé de fromage de chèvre. Le Chevrotin est un fromage de 300 g exclusivement fermier au lait de chèvre alpine. Et puis, la famille Brunet, c'est toute une histoire de travail, de volonté et de sacrées "drôles de dames" qui ont réussi à s'imposer dans un monde rural un peu rude, un monde d'hommes. Si vous passez dans la région, n'hésitez pas à vous arrêter. Le meilleur accueil vous sera réservé.

Marc Veyrat a popularisé le nom de Manigod bien au delà de nos frontières. Situées au coeur de la vallée des Aravis à 1000 m d'altitude, un peu à l'écart du petit village, se trouvent les Caves d'affinage Paccard. On y retrouve tous les fromages de Savoie mais en premier lieu le Reblochon. Comme souvent c'est une histoire de famille ou plutôt un savoir-faire familial né de la passion qu'un artisan affineur, Joseph Paccard, a su transmettre à ses deux fils. L'affinage, on en parle souvent mais de quoi s'agit-il ?


Cave d'Affinage Paccard à Manigod - Photo Gérard Conreur ©
Cave d'affinage Paccard à Manigod

Ce sont ceux qui le pratiquent ici quotidiennement qui en parlent le mieux : "L'histoire d'un Reblochon Paccard commence à 10 jours, lorsqu'il quitte sa ferme et franchit le seuil de nos caves pour une retraite loin de toute agitation. Pendant plusieurs semaines, il sera l'objet d'une surveillance quasi amoureuse. Lavé, retourné selon un rythme précis, frotté, affiné dans plusieurs caves à différentes températures, toujours sur planche d'épicéa, il passera jusqu'à 25 fois entre nos mains. Le temps, l'ambiance des caves, nos soins quotidiens auront bientôt raison de ce qui fut une tomme fraîche, blanche et douce : la couleur change, la pâte se fait, le goût particulier se révèle enfin." Que dire de plus après cela ?

Abondances en abondance - Photo Gérard Conreur ©
Abondances en quantité à la Fruitière du Semnoz

Gérard Conreur

Quelques infos pratiques et indispensables :

Les sept fromages AOP de Savoie et comment les reconnaitre : L'Abondance AOP, fruité avec un léger goût de noisette et d'ananas, pâte souple et fondante, meule d'environ 10 kg au talon concave fabriquée dans les montagnes de Haute-Savoie, le Beaufort AOP, goût et aromes complexes, végétal, fruits grillés, meule d'environ 40 kg au talon concave fabriquée dans la partie haute montagne de Savoie : Tarentaise, Maurienne, Beaufortain et Val d'Arly, Chevrotin AOP, goût onctueux et original pour un fromage de chèvre, exclusivement fermier au lait de chèvre, 300 g environ, fabriqué dans les montagnes de Haute-Savoie et dans le massif des bauges en Savoie, Emmental de Savoie IGP, goût doux et fruité, texture souple, meule d'environ 75 kg de forme cylindrique et bombée à la croûte dorée, fabriquée en Savoie et Haute-Savoie, Reblochon AOP, goût doux et parfumé, une note beurre et noisette, fromage onctueux de 500 gr environ, fabriqué en Haute-Savoie et Val d'Arly en Savoie, Tome des Bauges AOP, goût typé et aromatique, lactique, végétal et torréfié, croûte grise tourmentée, fabriquée dans le Massif des Bauges et enfin la Tomme de Savoie IGP existe en plusieurs taux de matières grasses, goût de doux à typé selon la durée d'affinage, fabriquée en Savoie et Haute-Savoie. Pour en savoir plus sur l'Association des Fromages Traditionnels des Alpes savoyardes (AFTalp) et les fromages de Savoie 

Informations et réservations tourisme : Savoie Mont Blanc

Remerciements à Sophie Gilibert-Collette et Christelle Lacombe, à Julien Perrillat pour Alpes Bivouac, aux organisateurs de la 10ème fête des Fromages de Savoie. Enfin, une mention chaleureuse aussi pour le restaurant de la Ferme des Corbassières, producteur de reblochon fermier AOP, Massif de Beauregard, à La Clusaz (04 50 32 63 81), et une autre pour la table d'hôtes de La Pommeraie à Saint-Ours. En savoir plus sur la Fruitière du Semnoz ou les Caves d'Affinage Paccard

jeudi 22 mai 2014

Voyage au centre de la France

Le château de Cheverny © Gérard Conreur
Le château de Cheverny © Gérard Conreur


Non, ce n’est pas le titre d’un roman de Jules Verne truffé d’aventures pittoresques dans quelques contrées lointaines. C’est même plutôt le contraire. Ce centre de la France ne parvient pas à retenir l’attention à tel point qu’on le situe plutôt mal. Etrange car pourtant, actuellement, on n’a jamais tant parlé des diverses régions de notre pays. A titre d’exemple, on imagine la Normandie unie à la Picardie ou pourquoi pas cette Picardie associée avec le Nord-Pas de Calais ? On se demande même si finalement nos départements qui ont vu le jour sous la Révolution française n’ont pas pris un coup de vieux ? Dans le débat actuel, un paradoxe : une région Centre méconnue parce que trop proche d’une capitale restée jacobine ou peut-être plus simplement parce que le terme « centre » n’est pas très causant ?  Alors, partons à sa découverte en vue de souligner sa profonde identité et de lui rendre tout l’attrait qui lui appartient.
L’Eure-et-Loir, le Loir-et-Cher, le Loiret et le Cher, l’Indre-et-Loire et l’Indre : six départements constituent une région sur laquelle il y aurait tant à dire : terroirs authentiques, grands hommes, écrivains célèbres, paysages non pas à couper le souffle comme on le dit dans les mauvais documentaires mais qui invitent à la flânerie à la recherche de Balzac ou de George Sand, du Lys dans la Vallée qui a pour théâtre l’Indre-et-Loire ou de La mare au diable qui se situe dans l’Indre. Chartres, Blois, Orléans, Bourges, Tours et Châteauroux, des vieilles cités, des noms de jadis, qui ont également marqué l’Histoire de France. Cette France profonde de nos vieilles provinces. Lieux d’exception comme le  Parc de la Brenne, le Sancerrois, la Sologne sans oublier la Loire. Faut-il parler de cathédrales, de châteaux, de vignobles, d’art de vivre, de gastronomie, de spécialités régionales ? La Région Centre commence à nous dire quelque chose. Alors continuons avec un verre de Sancerre, à la température qu’il convient, voire d’un vigoureux Sauvignon qui accompagne si bien ces petites buchettes, pyramides et autres crottins de chèvre qui ont su se tailler une solide réputation à telle enseigne que dans les lignes qui suivront nous en ferons tout un fromage.

Chèvres à Sainte-Maure de Touraine © Gérard Conreur
Chèvres à Sainte-Maure de Touraine © Gérard Conreur
Mais d’abord tous les fromages dont il sera question ici bénéficient  de l’Appellation d’Origine Protégée qui permet de préserver un patrimoine culturel et gastronomique. C’est une garantie d’origine et de typicité, l’assurance qu’un produit a été fabriqué selon un savoir-faire transmis de génération en génération et transcrit dans un cahier des charges précis. Pour être reconnu AOP, un produit laitier doit provenir d’une aire de production délimitée et répondre à des conditions de production précises, posséder une notoriété dûment établie et enfin faire l’objet d’un agrément et d’une reconnaissance en AOC par l’INAO et puis en AOP par l’Union Européenne. La région Centre constitue le berceau de 5 des 14 AOP fromagères caprines nationales pour une production d’un peu plus de 65% de la production nationale de fromages de chèvre sous signe de qualité.

Wilfried Falcotet, jeune producteur fermier de Pouligny-St-Pierre AOP - © Gérard Conreur
 Le Selles-sur-Cher présente une forme tronconique spécifique d’un diamètre de 9,6 cm, de 2 a 3 cm d’épaisseur et des bords biseautés. C’est un fromage à pâte molle produit en Sologne à la croute naturellement cendrée à la poudre de charbon de bois et qu’il ne faut pas enlever au moment de la dégustation. Même croute cendrée pour le Valençay, fromage à la pâte fondante en forme de pyramide tronquée à base carrée. Originaire du Berry, son goût onctueux développe de notes florales et des arômes de noisette. Voici la bûche cendrée de Sainte-Maure de Touraine, souvent copiée, à la pâte fine et souple. Elle est traversée sur toute sa longueur d’environ 17 cm, par un brin de paille de seigle gravée. Ce n’est donc pas un corps étranger mais bien le témoin qui atteste formellement de son authenticité. Nous sommes ici en pays de Tours, en Indre-et-Loire, où depuis des siècles l’élevage caprin est traditionnellement pratiqué.

Chevignols après le salage (Entreprise Dubois-Boulay) © Gérard Conreur
Nouvelle pyramide avec le Pouligny-St-Pierre, première AOC en 1972 pour un fromage de chèvre. Celui-ci est à pâte molle et existe en deux versions le grand Pouligny (250 g) et le petit Pouligny (150 g). Grand ou petit, le plaisir reste gourmand. Le Pouligny est produit sur la plus petite zone d’appellation fromagère de France : 22 communes de l’Indre toutes situées le parc naturel régional de la Brenne, le pays aux mille étangs. Et voici pour finir cette trop brève promenade, le Chavignol, le grand cru des crottins mais le plus petit en taille et le plus léger en poids : 60 g environ. Il a la forme d’une boulette ? Disons plutôt d’un cylindre plat, légèrement bombé à la périphérie mais sûrement pas la forme d’un crottin ou de petites crottes selon l’idée farfelue et odorante que l’on sent fait dans les grandes villes loin de la campagne, là où on ne sait plus à quoi ressemble un brin d’herbe. D’ailleurs, crottin vient du berrichon « crot » (trou) qui désignait l’endroit où les femmes lavaient leur linge au bord de la rivière, endroit où abondait une terre argileuse qui servit d’abord à façonner des petites lampes à huile, puis avec cette même argile on se mit à confectionner des petits moules à fromage pour l’égouttage du caillé. Après une visite exceptionnelle de la cave d’affinage Dubois-Boulay qui prend grand soin de l’AOP Chavignol, comment quitter aussi rapidement un pays du nom de Sancerre ?

Dégustation à la Maison des Sancerre © Gérard Conreur

Là-haut, sur les hauteurs de Sancerre, paisible bourgade d’environ 1 600 âmes dans le Cher, se trouve la Maison des Sancerre qui trône au sommet comme la cerise sur le gâteau. Bien évidemment, après une grimpette apéritive, l’accueil y est chaleureux et le vin frais tandis que des animations audio-visuelles vous feront découvrir l’histoire de ce pays et de ses vignobles. Dans le même registre, mais dans le Loir-et-Cher cette fois, après la visite du Château de Cheverny dont Hergé s’est inspiré pour imaginer Moulinsart, le château du Capitaine Haddock, se trouve à quelques pas de là la Maison des vins de Cheverny qui présente une singularité technologique très innovante permettant une dégustation de l’un ou l’autre des AOC Cheverny blanc, rouge ou rosé  ou AOC Cour Cheverny blanc parmi un peu moins d’une centaine de flacons sur lesquels il convient de s’attarder un instant.

Gérard Conreur