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mercredi 19 octobre 2016

En repassant par la Lorraine



Il y a un an, presque jour pour jour, la Lorraine faisait la une de la Radio du Goût. En octobre 2015, l'exposition Warhol Underground était à l'affiche du Centre Pompidou-Metz tandis qu' à quelques centaines de mètres de là, le chef Christophe Dufossé régnait en maître sur les fourneaux de La Citadelle, lieu magique et quadruplement étoilé. Depuis, ces souvenirs mêlés nous taraudaient l'esprit . Il fallait revenir, aller plus loin, avec la promesse de découvertes multiples et étonnantes.

 
Tout recommence à Metz
Trois magnifiques journées d'automne nous ont comblé  au-delà de toute espérance. Retour au Centre Pompidou-Metz avec deux expositions:  Musicircus qui rassemble les œuvres phares du Centre Pompidou présentant les liens entre arts visuels et musique, à travers une quarantaine d’œuvres. Et  Entre deux Horizons avec le sous-titre : Entre deux horizons, Avant-Gardes Allemandes et Françaises du Saarlandmuseum.

Deux oeuvres exposées au Centre Pompidou-Metz


 Précisions géographiques :  Saarland et sa capitale Sarrebruck. La Sarre est bordée par le Luxembourg, la Rhénanie-Palatinat et la Lorraine, elle même composée de quatre départements : la Meurthe, la Meurthe et Moselle, La Moselle et Les Vosges. Rappelons qu'en France, les régions  Alsace (avec le Bas-Rhin et le Haut-Rhin), Lorraine et Champagne-Ardenne  portent désormais le  nom d'un point cardinal de Grand Est depuis le 1er janvier 2016.

photo Gérard Conreur
Centre Pompidou-Metz


Après ces deux expositions et si vous avez un petit creux, ne quittez pas le Centre Pompidou-Metz sans avoir fait escale à La Voile blanche.  Le site est actuellement en construction mais c'est une jolie table. Vous avez sous les yeux un Carpaccio de Saint-Jacques aux Truffes.

photo Gérard Conreur
Carpaccio de Saint-Jacques aux trufes



Après le repas, alors que les couleurs de l'automne donnent un relief accru à l'architecture remarquable de Metz, quoi de plus naturel qu'une promenade digestive ? Metz est une très jolie ville aux grands espaces et larges avenues, mais le cœur historique voit les rues se rétrécir, accueillantes avec ses boutiques variées, ses magasins de bouche où dominent les spécialités locales, salées mais sucrées aussi car nous sommes en pays de mirabelles notamment, ses terrasses conviviales où pétille la bière. A deux pas, la Cathédrale Saint-Etienne de Metz et ses 6 500 m2 de vitraux. Quant à la hauteur sous nef, ses 45 mètres en font l'une des plus hautes cathédrales de France.  A voir, les vitraux de Marc Chagall. 

photo Gérard Conreur
Cathédrale de Metz


En mai 1877, un feu d'artifice tiré en l'honneur de l'empereur Guillaume II met le feu à la toiture de la cathédrale qui sera totalement dévastée, la cathédrale sera épargnée. A cette époque, à la suite de la guerre Franco Prussienne,  Metz, est alors allemande et ne redeviendra française qu'après l'armistice de  1918. Non loin  de la cathédrale, la petite église Saint-Maximin où se trouvent les seuls vitraux connus de Jean Cocteau. Orphée a inspiré le poète.  

Après cette promenade, instant gourmand Chez Mauricette. Là,  un casse croute  revigorant vous attend, avec un petit verre de vin blanc ou rouge ou un verre de jus de pomme on ne peut plus naturel,  vous avez le choix. L'adresse ? Vous ne pouvez pas la louper :  Place de la Cathédrale, sous le  Marché Couvert.  Au passage, n'oubliez pas qu'en principe, il n'y a pas de fromage dans la Quiche Lorraine. Enfin, à vous de voir...
photo Gérard Conreur
Casse-croûte chez Mauricette


Comme ce fut l'objet d'un reportage en Octobre 2015, inutile de revenir sur La Citadelle où se termine cette promenade messine.  Deux mots simplement. Nous sommes ici dans le Haut de Gamme d'un 4 étoiles (pour l'instant, car tout augmente). C'est un zéro défaut persistant et continu qu'il s'agisse des deux restaurants  : Le très gastronomique Magasin aux Vivres ou La Brasserie située dans la même citadelle.  Moi, des citadelles dans ce genre, je veux bien y être captif. Sur le plan de l'Hôtellerie, chapeau à l'ensemble du personnel et aux petites intentions qu'il témoigne en permanence à notre égard.

photo Gérard Conreur
Christophe Dufossé dans sa cuisine



Et le lendemain...
Au programme, une journée riche en histoire mais pas seulement. A 1h30 et à environ 115 kilomètres de Metz, au Sud-Est de Sarreguemines, la ville de Saint-Louis-Les-Bitche et sa célèbre manufacture devenue, deux siècles après sa création, Verrerie Royale de Saint-Louis par la grâce de Louis XV en 1767. Quinze ans plus tard, François de Beaufort y met au point la formule du cristal. Rebaptisée Cristallerie royale de Saint-Louis, la manufacture se consacre dès 1829 à la seule production du cristal et introduit notamment la notion du service de verres pour la table avec le célèbre modèle Trianon. Las, en raison de travaux en cours et pour des questions de sécurité, impossible de voir les verriers à l'œuvre (car même lorsqu'ils travaillent le cristal, ils demeurent des artisans verriers). En attendant de revenir sur place, le musée de la Manufacture présente un parcours des plus attrayants dans le monde fascinant du cristal. Un grand merci à Roger Levy, Président Fondateur du Musée La Grande Place et administrateur des Cristalleries de Saint-Louis pour sa passion et ses explications des plus ...cristallines. Le site de la cristallerie.


photo Gérard Conreur
Musée de la cristallerie


Toujours né de la flamme et du feu

Cap sur Meisenthal où se trouve le Centre International d'Art Verrier. La verrerie de Meisenthal, née en 1704 dans le Massif des Vosges du Nord,  est le témoin du fantastique travail créatif d’Emile Gallé, chef de file de l’Ecole de Nancy. L’usine qui comptera jusqu’à 650 salariés et produira annuellement des millions d’objets usuels, ferme ses portes en 1969, laissant dans son sillage les souvenirs d’une aventure ouvrière désormais éteinte. En 1992, le Centre International d’Art Verrier [CIAV] voit le jour et allume un premier four de fusion, dans un des bâtiments de la friche du Site Verrier de Meisenthal.  et là nous allons voir de très près comment on travaille le verre en fusion. Sans surprise, il régne dans l'atelier, plus d'une trentaine de degrés, mais comment ne pas être fasciné par cette matière en fusion tellement liquide qu'on la compare au miel ?

 Actuellement, on fabrique ici des boules de Noël. Juste retour des choses en quelques mots : sous la Renaissance, on parle de sapin de Noël dans les registres de la ville de Sélestat en Alsace. On décorait alors ce sapin avec des fleurs et des fruits, des pommes en particulier. Au XIX° siècle, un verrier allemand eut l'idée de fabriquer des noisettes en verre soufflé pour faire plaisir à ses enfants. Une dizaine d'années plus tard, une grande sécheresse priva les Vosges du Nord et la Moselle de pommes et de fruits en général, privant les sapins de Noël de ces décorations traditionnelles. Un artisan verrier de Meisenthal en Moselle fabriquera à son tour des boules en verre.

photo Gérard Conreur
Centre International d'Art Verrier



Cap sur Baerenthal à une quinzaine de kilomètres de notre verrerie aux boules de Noël. Ici nous attend une adresse à retenir. Laure et Fabien Mengus vous invitent à la table de la somptueuse maison de L’Arnsbourg au cœur d’une nature luxuriante, l’institution révélée par lafamille Klein entreprend un nouveau chemin construit par des valeurs d’excellence, deterroir et de générosité, la signature Mengus. Mais plus qu'un long discours, voici quelques images :


L'Arnsbourg, l'une des meilleures tables de la région 
 
photo Gérard Conreur
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Un mot pour le Musée Lalique.  Unique en Europe, le nouveau musée qui a ouvert en 2011 à Wingen-sur-Moder, dans le département du Bas-Rhin, est labellisé Musée de France. Il propose plus de 650 pièces exposées sur 900m² dans une scénographie résolument moderne. Dessins, bijoux,flacons, arts de la table, luminaires, vases, cristal sont autant de facettes de la création deRené Lalique (1860-1945). Le musée Lalique de Wingen-sur-Moder a pris le parti de mettre en valeurl’ensemble de la création de l’artiste, en mettant principalement l’accent sur ce qu’est la
production Lalique à Wingen-sur-Moder : le verre et le cristal.

photo Gérard Conreur
Pièce exposée au Musée Lalique



Notre découverte se termine avec Sarreguemines et le Moulin de la Blies avec son Musée des Techniques Faïencières, son Jardin des Faïenciers et le Musée de la Faïence au centre de Sarreguemines. Le Moulin de la Blies a été, entre 1825 et 1969, l’une des nombreuses unités de fabrication de la Faïencerie de Sarreguemines et élu 9ème monument préféré des Français en 2015 sur France 2. Le musée de la Faïence est installé dans les anciens appartements de Paul de Geiger, directeur des Faïenceries de Sarreguemines.

photo Gérard Conreur
Le Moulin de Blies

Le musée, mémoire de cette industrie qui a fait la renommée de la ville, possède de riches collections de céramiques, qui témoignent de la diversité des styles proposés par la faïencerie pour couvrir tous les goûts et besoins de sa clientèle en matière de décoration et d’arts de la table. Faïence, grès ouporcelaine, toute la gamme des produits céramiques est représentée. La pièce la plus précieuse des collections du musée ? Son jardin d’hiver, construit en 1880 dans les anciens appartements de Paul de Geiger, directeur des Faïenceries de Sarreguemines entre 1871 et 1914 et classé Monument historique.   

Note gourmande en ce jardin d'hiver avec le Faïencier de Sarreguemines, un délice né de l'inspiration de Dominique Bucci, pâtissier à Sarreguemines.et qui regrettait que sa ville ne possédât pas une spécialité gourmande  aux saveurs de la Lorraine. C'est désormais chose faite. La gourmandise aux couleurs de la mirabelle, souple, fraiche, légèrement acidulée porte sur le dessus une reproduction de la fontaine du Jardin d’Hiver en chocolat. C'est un bonheur.

photo Gérard Conreur
Le jardin d'hiver et au centre, le faïencier de Sarreguemines


Deux bonnes adresses à noter à Sarreguemines mais il y en a beaucoup d'autres  :  l'Auberge Saint Walfrid, qui allie un charme très cosy à une table raffinée - l'une des découvertes vraiment exceptionnelles de ce voyage et la Brasserie du Casino qui vaut elle aussi que l'on s'y arrête.



Pour préparer votre séjour : Sarreguemines Tourisme mais aussi Moselle Tourisme


Gérard Conreur, 15 octobre 2016

lundi 19 octobre 2015

En passant par la Lorraine, la Citadelle de Metz



Metz une ville que chacun croit connaître comme Limoges, Poitiers, Amiens ou encore Le Havre. On la situe à l’est voire dans le Nord-Est. Combien d’habitants ? Quelles Spécialités ? Comme la géographie n’est pas le fort de nos concitoyens, notre connaissance déjà évasive s’arrête là. Alors, essayons d’aller plus loin ou plutôt d’y voir plus clair car Metz vaut bien, non pas une messe, mais le détour le temps d’un week-end par exemple ou même davantage si d’aventure vous voulez en savoir un peu plus sur cette grande ville de France.

Le Palais du Gouverneur. Ph. Gérard Conreur
Metz que l’on prononce en oubliant le T et le Z que l’on pourrait remplacer par deux S devenant ainsi Mess,  est effectivement située dans l’est de la France dans le département de la Moselle (57) dont elle est également la préfecture. Nous sommes ici en Lorraine. Côté climat, il pleut en moyenne moins à Metz qu’à Nice mais les écarts de température sont plus importants entre l’hiver et l’été en comparaison avec l’ouest du pays. Autrement dit, les hivers sont plus froids et les étés plus chauds mais rien d’excessif, la ville étant située en fond de vallée aucune comparaison ne peut être faite avec la Sibérie, l’Alaska ou le Pôle Nord. Le terme de Moselle a soulevé d’un coup votre intérêt. Et vous avez raison, les vins de Moselle ont une subtilité exceptionnelle capable de mettre vos papilles en émoi. Somptueux vins de Moselle dont vous découvrirez l’extraordinaire palette en les dégustant à fines gorgées tandis qu’une généreuse quiche lorraine bien sûr s’apprête à prendre le chemin de votre table…


Côté décor, l’architecture de la ville va vous surprendre, cela ne fait aucun doute. Certains monuments sont de véritables machines à remonter le temps, larges esplanades que l’on dirait taillées pour les parades militaires à cheval. Le Palais du gouverneur, de style néo-Renaissance, semble nous replonger à l’époque de l’Empire d’Autriche-Hongrie et sur telle avenue magistrale qui ne doit rien au baron Haussmann, on croit entendre les sabots des chevaux tirant un attelage princier au temps des Habsbourg fuyant vers Mayerling ou peut-être celui du dernier des Romanov, Nicolas II filant vers un destin funeste comme un papillon s’approchant trop près d’une flamme. Curieuse impression de feuilleter ces exemplaires jaunis de L’Illustration où l’histoire en sépia  se fige.  Evidemment, il n’en est rien, même s’il exista une maison des Habsbourg-Lorraine, c’est une image mais Metz est une ville trois fois millénaire… Et elle ne doit rien à l’antique Lutèce, pardon à Paris. La cité messine fut même la capitale de l’Austrasie, ou royaume de Metz apparu après la mort de Clovis, roi des Francs, lorsque ses quatre fils se partagèrent son royaume. Nous sommes sous le règne des Mérovingiens, faut-il le préciser. Que dire enfin de l’empreinte laissée par Charles Quint ? Enfin Metz vit naître Paul Verlaine et Charles de Gaulle, alors colonel, y fut affecté en 1937 dans un régiment de Blindés, l’auriez-vous deviné ?

Christophe Dufossé - Ph. Gérard Conreur
Revenons à ce palais du gouverneur. Gouverneur militaire, s’entend. Proche de l’Arsenal et de la citadelle, dans ce qu’on nomme le triangle impérial. Son style témoigne de notre histoire contemporaine lorsque la défaite de Sedan priva la France de Napoléon III de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Ce curieux palais du gouverneur fut édifié au tout début du XX° siècle lorsque les provinces perdues étaient peintes en noir, couleur de deuil, sur les cartes de France. Deux décennies et quelques millions de morts plus tard, l’article 27 du Traité de Versailles de juin 1919 restituera à la France l'Alsace et les deux départements lorrains de la  Moselle et de La Meurthe.  Autre fleuron architectural de Metz, la gare de style néo-Gothique à tendance plutôt germanique… Dieu sait pourquoi elle me fait penser à la tour-lanterne de Notre Dame de Lorette, une association d’idées sans doute…? Son avantage ? Metz-Centre-ville est à 82 minutes de Paris en TGV. Le Centre Pompidou-Metz est lui aussi en centre-ville juste en sortant de la gare néo-Gothique, pratique non ? On peut y voir actuellement et jusqu’au 23  novembre 2015, une exposition Andy Warhol de style définitivement …underground. Allez-y, ça déchire...  et ça vous rappellera sûrement de bons souvenirs.
Filet de Boeuf "Français" maturé sur carcasse au poêlon,
jus parfumé, cèpes cuisinés, macaronis farcis.

Retour au Palais du gouverneur ?  Non. Arrêtons-nous plutôt à La Citadelle à quelques mètres de là. En fait, la citadelle est le nom d’un complexe hôtelier quatre étoiles et comportant un restaurant gastronomique, installé dans le dernier bâtiment historique subsistant de nos jours : le magasin aux vivres. Ce magasin aux vivres donne son nom au restaurant gastronomique de La Citadelle, le hasard fait souvent bien les choses.  Ajoutez à cela La Brasserie, tendance et décontractée pour apprécier la cuisine « brasserie » d’un grand chef, la Boutique Christophe Dufossé et sa ligne de produits faite maison, le traiteur Christophe Dufossé, les bons cadeaux, cours d’œnologie, leçon de cuisine, etc.



Christophe Dufossé et son épouse Delphine ne fonctionnent pas à la wonder, ni au super,  mais partagent les mêmes passions et les mêmes ambitions et il en fallait une sacrée dose pour se lancer dans l’aventure, ce véritable défi de La Citadelle …revisitée. Entretien avec Christophe Dufossé :


Christophe Dufossé en quelques mots


Un joli parcours


La route de la Chine


Cette promenade automnale et gourmande serait injustement incomplète s’il n’était fait une mention toute particulière pour son chef sommelier, Thomas  Vimbert, messin de pure souche et qui possède cette science rare sans laquelle la cuisine des rois ne serait qu’un camaieu de saveurs. Une chose est de s’arrêter sur l’étiquette d’un vin, une autre est d’en révéler cette émotion confuse, indéfinissable qui nous laisse songer à l’éternité des temps sur fond de blés ondoyants ou le carmin d’un rideau de théâtre qui frémit.