vendredi 11 octobre 2013

Boulangerie au naturel, recettes sucrées et salées 100% végétales

Depuis ses origines, le pain bénéficie de l’image d’un produit naturel, mais derrière ses ingrédients principaux, farine, eau, sel et levure, il existe toute une panoplie d’additifs et de contaminants autorisés sous un seuil de tolérance réglementé. Cet aliment de base n’est donc pas épargné par les dérives de la production industrielle et cela peut avoir des répercussions sur notre santé. À travers cet ouvrage, Laurent Louis en apporte le témoignage : il a commencé une carrière de boulanger classique mais après avoir contracté des allergies aux farines traitées, il a dû se réorienter vers celles issues de l’agriculture biologique. Et comme cette première intolérance s’est doublée de celle aux produits d’origine animale – œufs, lait et beurre –, il a étendu son savoir-faire à toutes les gourmandises habituellement vendues en boulangerie en en proposant des variantes 100 % végétales. Pains aux saveurs multiples mais aussi croissants, tartes salées et sucrées, gâteaux, mettent ici à l’honneur lait de soja, poudre de curcuma, caroube, graines de lin...

Paru le 12 septembre 2013 aux éditions Alternatives dans la collection Tout beau tout bio. 112 pages, 14,5 x 21 cm, broché. 13,50 €

Les auteurs :

Après un parcours classique de boulanger-viennois, Laurent Louis a découvert la fabrication du pain bio au sein du restaurant Country Life, puis en développant une allergie aux farines traitées. Il possède aujourd’hui sa propre activité et propose à ses clients toute une gamme de pains et viennoiseries à son image : pas de produits d’origine animale et un travail artisanal à l’ancienne. Sa passion pour la nature et l'alimentation est érigée en art de vivre et rien n'est laissé au hasard, y compris au niveau des techniques employées, confection de son propre levain, pétrissage à la main, eau filtrée et pétrin en vois. Un travail artisanal qu'il nous propose d'expérimenter à sa suite.

Photographe et passionné de cuisine, Olivier Picard s’est naturellement tourné vers la photographie culinaire pour mettre en valeur une alimentation naturelle et saine. Dans la collection Tout beau, tout bio, il a également illustré de son travail photographique les algues au naturel.


Mon avis :

Un petit livre comme je les aime car il a le goût des choses simples mais savoureuses. Il regorge d'idées, il déborde de ce savoir faire qui fait la richesse de notre culture surtout lorsqu'il est, comme ici, généreusement offert par l'auteur. Bref au fil des pages tout est bon comme du bon pain. Autre chose à signaler : la richesse des photos. Non seulement, elles mettent remarquablement en appétit mais elles détaillent également le tour de main qui associé à des astuces et autres "bon à savoir" généreusement dispensés au fil des pages, feront de vous un véritable mitron. Bref, à dévorer sans en perdre une miette.

Gérard Conreur, 11 octobre 2013

jeudi 26 septembre 2013

Sur les traces du sel en Franche Comté

Saline Royale d'Arc-et-Senans - © Gérard Conreur



Les spécialistes le clament à l’unisson : l’excès de sel nuit à la santé. Force est de constater que notre alimentation ne manque pas de sel. Nous salons à l’envi nos  assiettes sans même en goûter le contenu. Tel un grelot, nous agitons follement la salière…  Et que dire de l’alimentation industrielle ? Additifs, conservateurs, colorants, sans oublier la pincée massive de perlimpinpin qui donnera un semblant de goût même si le sel n’a jamais été cet exhausteur présumé. Au final une note elle-même trop salée à de nombreux points de vue. Pourtant effaçons vite ce tableau noir et redonnons à l’or blanc, ses qualités : le sel en quantité raisonnable est indispensable à la vie, il est l’essence de notre civilisation, il marque nos expressions, nos coutumes, nos religions et fait partie de nous-mêmes. Si nous sommes encore là, c’est un peu, voire beaucoup,  grâce à lui. 

Le sel : seulement dans l’eau de mer ?

Galerie souterraine de la saline de Salins les Bains - © Gérard Conreur
Dans la galerie souterraine de Salins
Le sel sur notre planète n’a qu’une origine :  la mer, les océans. Curieux parallèle, la vie elle-même n’a-t-elle pas émergé mais bien plus tard des profondeurs de la soupe originelle ? Des mines de sel de triste mémoire ou encore du sel gemme que des générations d’écoliers ont étudié  jadis en « leçon de choses », l’origine est identique : ces mers très anciennes qui ont disparu il y a des millions d’années. Imaginez,  il y a 215 millions d’années ces Maldives tropicales peu profondes qui sont aujourd’hui devenues nos régions de l’est de la France et le réchauffement climatique n’a rien à voir dans cette histoire qui a vu notre Terre soumise à un façonnage dantesque, à des forces telluriques considérables. D’autres planètes de notre système solaire ont eu moins de chances que la Terre, Mars par exemple. Trouvera-t-on sur la planète rouge du sel en quantité, résultant de l’évaporation des mers,  océans et grands lacs ? Mais tout cela ne nous éclaire pas sur l’origine du sel. Alors remontons encore plus loin dans le temps : il y a quatre milliards d’années, bien avant les dinosaures. Il ne fait pas bon vivre sur Terre. Notre planète est le siège d’une activité volcanique intense  particulièrement violente qui va libérer dans l’atmosphère et durant des dizaines de millions d’années des quantités considérables de gaz toxiques et de vapeur d’eau, de gaz carbonique aussi. Parmi ces gaz toxiques, du soufre et du chlore. Pas de quoi franchement faire pousser des pâquerettes. Et puis la Terre va lentement se refroidir. La vapeur d’eau captive en atmosphère va retomber en pluies massives accélérant le refroidissement. Au passage elle se charge des gaz en suspension, ce qui va augmenter son acidité, son pH, et provoquer le « décapage » et l’érosion des sols et en particulier de roches riches en sodium qu’elle va dissoudre. Résultat : du chlorure de sodium, autrement dit du sel de table. En suspension dans l’eau de mer à raison de 30 à 40 g de sel par kg, cristallisé dans les profondeurs géologiques comme ici en Franche Comté et lentement dissous par les eaux souterraines, c’est toujours le même sel des origines dont il s’agit.

Grande Saline de Salins et Saline Royale d’Arc-et-Senans

Saline Royale d'Arc-et-Senans - © Gérard Conreur
Arc-et-Senans © Gérard Conreur
Il y a du sel dans l’eau de mer or mers et océans couvrent 71% de notre planète. Et il y a du sel dans les failles géologiques mais aussi tapissant en couches épaisses le fond d’anciennes mers aujourd’hui disparues. Avec le jeu des alluvions, des recouvrements successifs  et du temps, ces veines de sel se situent désormais dans les profondeurs de la Terre. Au niveau de Salins-les-Bains où se situe la Grande Saline, le banc de sel d’une centaine de mètres d’épaisseur se situe à 250 mètres de profondeur. Les eaux d’infiltration qui « lessivent » le banc de sel vont resurgir ailleurs en surface, en autant de sources, mares et près ou champs salés.  A Salins-les-Bains donc, point n’est besoin d’aller chercher le sel, il est transporté le plus naturellement du monde par l’eau dans lequel il s’est dissous en pourcentages plus ou moins importants même si le labeur des hommes pour récupérer l’or blanc par évaporation était éprouvant. Pour la saline royale d’Arc-et-Senans qui fonctionna de 1774 à 1895, le problème était plus épineux puisqu’il fallait faire venir l’eau salée – la saumure – de Salins par un « saumoduc » canalisation longue de 21 kilomètres. Fuites naturelles du saumoduc, brigandages et contrebandes à une époque où le sel était particulièrement onéreux dans le royaume – peut-être un peu moins en Franche Comté, province de production – ont largement réduit l’attractivité industrielle de la saline royale d’Arc-et-Senans.


Fut-elle rentable un jour ? La question peut se poser. On a dit que la Régie Renault, dans l’immédiate après-guerre puis les années cinquante et soixante, avait fait figure de « laboratoire social ». Sans aller jusque là, on peut dire qu’Arc-et-Senans fut pour son concepteur, Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806), une sorte de manufacture  de l’utopie. Tout y était pensé, raisonné mais était-ce pour le bien des ouvriers ou la sacralisation féroce de toutes les hiérarchies ? Par le demi-cercle, on réduit les pas d’un lieu à un autre pour égaliser toutes les distances mais est-ce pour épargner la peine des hommes ou accroitre la productivité ? De la production de sel, Arc-et-Senans n’apporte plus aujourd’hui  de grands témoignages à l’inverse de la Grande Saline de Salins-les-Bains  mais il faut absolument visiter la Saline Royale pour y admirer les stupéfiantes maquettes d’un architecte urbaniste à l’imagination particulièrement féconde. Les œuvres de Claude-Nicolas Ledoux parfois résolument futuristes ne peuvent laisser indifférents.
A noter que la Grande Saline de Salins-les-Bains et la Saline Royale d’Arc-et-Senans ainsi que Besançon, La Chaux-de-Fonds et Le Locle sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

En savoir plus : 

Saline Royale d’Arc-et-Senans :  www.salineroyale.com

Grande Saline – Musée du sel  : www.salinesdesalins.com

Chemin des Gabelous, gendarmes de la gabelle qui traquaient inlassablement les contrebandiers du sel. Le chemin longe le tracé supposé du saumoduc  : www.salins-les-bains.com

A voir aussi : les thermes de Salins-les-Bains où il est particulièrement revigorant de se baigner dans une piscine à l’eau salée et chauffée. Curieuse impression de flottaison…  Les thermes proposent aussi cures thermales et gammes de soins de remise en forme. www.thermes-salins.com
Claude Hirsinger à Arbois - Photo : Gérard Conreur
Claude Hirsinger dans son musée
Nous reviendrons sûrement sur cette région si attachante qu’est la Franche Comté dont il y a tant à dire et plus encore à découvrir. Comment, en effet, ne pas mentionner les personnages célèbres de cette région : Louis Pasteur, Gustave Courbet, Victor Hugo, Proudhon, Rouget de Lisle ou encore la Famille Peugeot et tant d’autres encore…  Pays de vins : les vins d’Arbois, les vins jaunes sans oublier les inimitables mais trop confidentiels vins de paille, divins nectars. En traversant Arbois, nous nous sommes arrêtés chez Hirsinger, le célèbre chocolatier. Claude Hirsinger nous a reçus avec une grande gentillesse et dans son musée situé au sous-sol entre dégustations et anecdotes, il n’y avait que de la saveur et de la qualité. www.chocolat-hirsinger.com
Ancienne vitrine du magasin Hirsinger à Arbois - © Gérard Conreur
Ancienne vitrine du magasin Hirsinger à Arbois - © Gérard Conreur



Chèvrerie artisanale de Céline Nicole - © Gérard Conreur
La Franche Comté est encore le pays de l’absinthe, de la poularde au vin jaune et aux morilles, de la saucisse de Morteau, du Comté à la douceur si fruitée. Non loin du Mont Poupet où Pasteur fit de quelques expériences et où dit-on par temps clair on peut voir le Mont-Blanc,  à Marmoz dans le Jura, se trouve la chèvrerie artisanale de Céline Nicole. Il serait dommage de ne pas vous y arrêter un instant. Ici la saveur la plus délicate côtoie les pâtes les plus corsées en bouche. Indispensable découverte : www.marnoz-chevre.com


Gérard Conreur

dimanche 23 juin 2013

La Normandie, c’est aussi la mer


Barneville-Carteret © Gérard Conreur
Barneville-Carteret © Gérard Conreur

De la Normandie, on connaît les produits laitiers : le lait, la crème, l’incontournable camembert et tant d’autres fromages. Les vaches donc, mais aussi les chevaux qui barbotent à Deauville et gagnent à Longchamp. Les pommiers, le cidre et le Calvados. Cette bruine fine qui donne une fraîcheur acidulée au bocage normand. Pour l’histoire, la Normandie, c’est aussi les plages du Débarquement, le 6 juin 1944 et l’opération Overlord. « Les sanglots longs des violons de l’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone ». Comment oublier Utah, Omaha, Gold, Juno, Sword ? Sainte-Mère-Eglise, la Pointe du Hoc, Bayeux, Dieppe…. J’y ajoute Saint-Lô et Caen mais aussi Jehanne la bonne Lorraine qu’Englois brûlèrent à Rouen. Bref, il y aurait encore tant et tant à dire sur la Normandie, une région parmi les plus remarquables, les plus attachantes de notre pays mais aussi une région parfois méconnue qu’il reste à découvrir ou redécouvrir. 

Sur les bancs de la communale, on se souvient encore que là-haut dans le Nord qui est, en fait, le Pas-de-Calais, sur la Côte d’Opale, Boulogne-sur-Mer est le premier port de pêche de France. Plus bas, dans l’Ouest, on évoque le pêcheur breton. A terre, entre dolmen et bruyères, entre ardoise et granit, on joue du biniou, on danse en Fest-Noz, on fredonne « Tri martolod yaouank... la la la... Tri martolod yaouank i vonet da veajiñ » avec Nolwenn Leroy. On y fait des crêpes et des galettes gourmandes tout comme on déguste sans en perdre une miette un Welsh fondant et brûlant au Bar Hamiot à Boulogne sur le port, face à la criée. Ce qui accompagne le mieux le Wesh, c’est une Jeanlain traditionnelle bien fraîche mais on peut aussi opter pour une blonde éclatante. Et puis, sans doute avec les courants marins, on pourrait remonter comme ça jusqu’à Ostende avec Léo Ferré ou Amsterdam de Brel mais toute cette poésie qui tourne autour des ports, des marins et de l’écume de mer nous éloigne d’une curieuse démonstration.  A croire en effet qu’a priori, entre la Bretagne et le détroit du Pas-de-Calais voire la Baie de Somme, il n’y aurait rien. Exceptées quelques camemberts coulant des jours heureux sous des pommiers en fleurs, quelques vaches à quatre pattes cherchant des trèfles à quatre feuilles,  les plages du Débarquement déjà mentionnées ou le Grand hôtel de Cabourg, pour tous ceux qui partent à la recherche du temps perdu et d’un certain Marcel Proust qui ne chauffait pas mais adorait tremper ses madeleines.  

Sur la Côte Ouest, Parcs de Blainville - © Gérard Conreur
Sur la Côte Ouest, Parcs de Blainville - © Gérard Conreur
 C’est un peu le sentiment général qu’éprouvent les normands et que ne dit-on pas de la merveille des merveilles, le Mont-Saint-Michel que l’on place en Bretagne ou que l’on récupère en Normandie et vice versa. Alors comme la Normandie n’est pas une contrée lointaine, ni même un DOM-TOM, le mieux était de se faire une idée sur place et de constater sans hésiter qu’entre Saint-Malo et Saint-Valery sur Somme, qu’entre les départements 35 et le 80, il y a la Manche, le Calvados, l’Orne, la Seine Maritime et l’Eure.  

Aujourd’hui, c’est la Manche qui aura notre préférence pour cette Normandie, côté mer et grand large.  Le saviez-vous, la Normandie est le premier producteur de France de coquillages et parmi ces trésors de la mer, il y a une perle : l’huitre de Normandie, bien sûr car pour faire bonne figure dans ces quelques chiffres, 27 000 tonnes produites en 2009, la Normandie est aussi la première région ostréicole de France, il est bon de le dire et mieux encore de s’en souvenir. 

Quatre grands crus majeurs

En matière d’huitres, on trouve en Normandie quatre grands crus d’exception. En demi -cercle autour de la Manche et du Calvados, de l’ouest à l’est, en premier lieu le domaine des huîtres de la Côte Ouest, puis de Saint-Vaast-La-Hougue, ensuite d’Isigny-sur-mer et enfin le domaine  de la Côte de Nacre mais il en est des huîtres comme de tous les autres produits de grande qualité. Prenons les grands vins par exemple, ceux de Bordeaux ou de Bourgogne, les vins de Champagne ou d’Alsace et tous les autres, les noms les plus prestigieux, les domaines les plus rares sont composés de parcelles, souvent de modestes superficies, tel un puzzle complexe dont chaque pièce, par la composition de sa terre, son acidité, sa pente, son ensoleillement, apporte sa touche la plus personnelle en s’insérant parfaitement dans un ensemble précis et cohérent.  

Les travailleurs de la mer - © Gérard Conreur
Les travailleurs de la mer - © Gérard Conreur
Il en va de même dans le domaine ostréicole des huîtres de Normandie. D’une extrémité à l’autre de la Côte Ouest ou du périmètre d’Isigny-sur-mer, par exemple, le connaisseur notera des différences, des singularités, des saveurs qui se développent, d’autres qui s’atténuent. Ajoutons à cela, la griffe humaine, les compétences, la passion de ces travailleurs de la mer. Car faire une huître, depuis le naissain jusqu’au conditionnement final en bourriche, est un travail incessant d’une grande rigueur et il faut les manipuler à la main, une par une, ces fameuses « poches » métalliques de vingt kilos et plus.  Les jeunes huîtres vont croître dix-huit mois en pleine mer. Ce brassage vigoureux va leur fournir tout le plancton indispensable à leur croissance. Viendra ensuite, une remontée vers la partie haute de l’estran (L’estran est la partie du littoral située entre les niveaux connus des plus hautes et des plus basses mers.) ainsi à chaque marée, les huîtres s’ouvrent et se ferment, ce qui favorise leur musculation et leur oxygénation.

Le travail est donc rude et peut être réduit à néant car la nature est ici la seule ou presque à pouvoir dire son dernier mot. Et les ostréiculteurs les plus âgés se souviennent des années difficiles.
Sur la façade océanique de la Manche, battue par de puissants courants de marée et les embruns du large, de Portbail à Granville, un grand cru d’exception, il s’agit de  l’huitre de la Côte Ouest à la saveur parfumée et corsée. C’est l’huitre de Pleine-mer. N’oublions que les marées de Normandie sont les plus fortes d’Europe en amplitude.(Jusqu’à 14 mètres d’amplitude et 6 kilomètres d’estran).
Louis Teyssier - © Gérard Conreur
Les images de ce reportage ont été faites à Blainville-sur-mer lors de la visite des installations et des parcs en compagnie de Louis Teyssier de la GAEC Thalassa Distribution accompagné de Christophe Charbonnier, deux grands passionnés de la mer, intarissables sur le métier.
Remontons à présent vers Saint-Vaast-la-Hougue, on ne peut plus au nord-est  de la Manche, le plus ancien domaine de la région dont l’origine remonte à la fin du XIX° siècle. Dans les années 1960, les huîtres sont placées dans des « poches » disposées désormais sur des tables métalliques à une quarantaine de centimètres du sol. Cette technique, nouvelle, augmente la longévité des huîtres qui « travaillent » au rythme des marées et se bonifient. L’huitre de Saint-Vaast fait le bonheur des gourmets : iodée et charnue, réputée pour son goût de noisette, merveilleux assemblage des qualités des autres crus. 

Un peu plus bas, le domaine de l’huître d’ Isigny-sur-mer et de Grandcamp-Maisy, bordée par Utah Beach et la baie des Veys, le fruit est charnu, doux et croquant à la fois et on le réservera pour les fines préparations culinaires. 

Enfin , l’huître se plaît aussi dans le Calvados avec la Côte de Nacre. Cette huître est la petite dernière des crus ostréicoles de Normandie, originaire de l’est d’Arromanches dont les courants sont si puissants qu’ils favorisent une croissance et un développement d’un goût exceptionnel. le site ostréicole de Meuvaines-Asnelles  a été créé au début des années 1990.

Gros calibre pour fins connaisseurs - © Gérard Conreur
Gros calibre pour fins connaisseurs - © Gérard Conreur

Au total, le domaine ostréicole normand couvre aujourd’hui environ 1100 hectares.

Plaisir gourmand de l’huitre 

Outre un plaisir gustatif unique, sa saveur marine, son petit air de vacances ou au contraire son aspect festif lors des fêtes de fin d’année, l’huitre est toujours la bienvenue à table. Elle est riche en minéraux et en oligo-éléments, en phosphore et en fer. Elle est peu calorique et possède des vertus anti-oxydantes.  La côte normande est très proche de Paris à tel point qu’il est très facile et très agréable de s’y rendre l’espace d’un weekend par exemple. Pas très loin des parcs de Blainville-sur-mer, à une quarantaine de kilomètres au nord par la départementale 650 se trouve la station balnéaire de Barneville-Carteret. On sait que Jacques Tati a tourné Les vacances de M. Hulot à Saint-Marc-sur-mer en Loire Atlantique mais à mon avis, c’est parce qu’il ne connaissait pas Barneville-Carteret. Si vous aimez les huîtres fraîches ou farcies ou les fruits de mer en général,  une adresse à retenir : Le Cap, un hôtel restaurant qui existe depuis plus d’un siècle, 133 ans exactement. Il s’appelait alors l’Hôtel Terminus car c’était la dernière escale avant d’embarquer pour les îles anglo-normandes. Aujourd’hui , sous la houlette de Richard Ledentu et de Renaud Desfours, cette « escale »  au Cap est devenue incontournable si vous aimez les ambiances cosy et les tables conviviales où il fait bon s’attarder en observant un paysage de mer et de dunes.

Damien Eliard & l'Huître au Camembert - © Gérard Conreur

En cuisine, Damien Eliard, le jeune chef fait preuve d’une grande inventivité  et nous y retrouvons l’huitre, chaude cette fois, pochée ou gratinée, aux mille saveurs les plus surprenantes les unes que les autres : l’huître au Camembert, au foie gras ou au Calvados et bien plus encore. 

De délicieux souvenirs de grand air, de soleil et de table généreuse qui vous feront bientôt lâcher dans un profond soupir : j’irai revoir ma Normandie…

Gérard Conreur


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mercredi 12 juin 2013

Il n’y a pas que l’escalope à la crème en Normandie !




Nombreuses sont les idées reçues sur la Normandie. La simple évocation de l’escalope à la crème et de la tarte aux pommes suffit à vous transporter dans les verts pâturages et sur les plages de Normandie.  Mais pourtant, savez-vous que la cuisine normande regorge d’autres trésors culinaires et de produits du terroir absolument délicieux ? Comment ne pas craquer pour un cake à l’andouille et aux pommes, des joues de porc au cidre ou un soufflé au calvados ? La cuisine normande, vous pensiez la connaître ? Cet ouvrage va vous prouver que vous avez encore beaucoup de recettes à découvrir et à réaliser pour partager entre amis ou en famille une cuisine généreuse et gourmande.

Je ne connais pas de normande plus normande que Magali Kunstmann-Pelchat et son livre est un véritable bonheur qui vous transporte dans une région profondément attachante mais aussi méconnue car on croit tout connaître d’elle, bien à tort. L’auteure qui est également journaliste et collabore notamment à Papilles, est intarissable et défend bec et ongles, avec une passion peu commune, cette région où elle est née. Elle parle volontiers de sa grand-mère, de ses secrets derrière les fourneaux car la cuisine normande c’est avant tout une cuisine de terroir où l’on utilise les produits que la nature vous donne, ceux là et pas d’autres, d’ ici et pas ailleurs. Souvenez-vous de Guy de Maupassant, de cette série télévisée et en particulier d’une nouvelle publiée en 1884 : Le Vieux. Un couple de paysans assiste aux dernières heures du vieux. Le curé l’a dit : il ne passera pas la nuit. Seulement voilà, le vieux ne se décide pas, il « gargouille » toujours et c’est bien contrariant car l’ouvrage ne manque pas à la ferme, il n’y a pas de temps à perdre. Alors il va falloir « anticiper » le départ du vieux, prévenir le maire pour l’acte de décès même si on ne peut pas laisser la date en blanc en attendant, prévenir aussi  le voisinage pour l’enterrement, ben dame ! Vaut mieux prévoir plutôt qu’être pris au dépourvu. Le jour de l’enterrement, il y a aura tout le bourg. Ça va faire des frais. Il faut prévoir le cidre en quantité et surtout des douillons en abondance, la grande spécialité de la fermière. On en salive d’avance. La suite, on la connaît... C’est le Bon Dieu, là-haut, et lui seul,  qui décide du bon moment où on peut sortir les douillons du four. 

De cette nouvelle de Maupassant qui a su si bien « croquer » ses contemporains, lui, natif comme on disait alors de Seine-Inférieure, notre Seine Maritime actuelle, il nous reste ces douillons ou ces bourdelots, des noms qui fleurent bon le bocage et dont on découvre une recette dans l’ouvrage de Magali  Kunstmann-Pelchat. Impossible de détailler  ici toutes les autres recettes du livre mais comment résister à l’envie d’en citer quelques unes. Pour le plaisir de mettre nos sens en émoi.  Au hasard des pages : Tartes Tatin aux pommes, au camembert et à l’andouille de Vire. Page suivante Terrine de Lotte et plus loin encore Velouté de camembert…  Il s’agissait d’entrées. Alors poursuivons vers les plats : Parmentier au boudin noir et aux deux pommes… Sole à la normande…  ou encore ce Tournedos de bœuf, sauce au camembert, gratin aux deux pommes. Difficile de s’éloigner du camembert, il n’est jamais bien loin et revient au galop sans qu’il ne soit utile de l’appeler. Comme desserts, outre nos Bourdelots, voici un Mi-cuit de chocolat, cœur de confiture de lait, crème anglaise au calvados. Soufflés au calvados et tartes aux pommes sont également au programme.

Bref un ouvrage appétissant, gourmand, délicieux, superbement illustré et qui se déguste comme une fine crème de Normandie. Alors, c’est bien vrai : Il n’y a pas que l’escalope à crème en Normandie, de Magali Kunstmann-Pelchat. Publié chez Tana Editions dans la collection : Cuisinez vos régions. 95 pages.  ISBN-13: 978-2845677470 – prix 16,15 euros.

Gérard Conreur